Législatives en Tunisie : zoom sur les principaux duels et les stratégies des partis

Alors que le dépôt des listes pour les élections législatives du 6 octobre s’est achevé en début de semaine, le nombre de candidatures est pléthorique, dépassant celui du précédent scrutin. Analyse des principaux duels et des stratégies des partis, bousculées par l’inversion du calendrier électoral après la mort du président Béji Caïd Essebsi.

Les candidats aux élections législatives du 6 octobre prochain ne semblent pas avoir tiré de leçons du scrutin de 2014, qui avait été notamment marqué par l’éparpillement des voix et la difficulté à obtenir une majorité. À la clôture du dépôt des dossiers lundi 29 juillet, un total de 1 592 listes, dont 695 portées par des partis, 707 par des indépendants et 190 par des coalitions, a ainsi été enregistré par l’Instance supérieure indépendante pour l’organisation des élections (Isie).

Une configuration semblable à celle de 2014, quand 1 500 listes avaient été constituées pour les élections générales. Ces chiffres, même s’ils restent provisoires – dans l’attente des éventuels recours et rejets prononcés par l’Isie – sont édifiants : environ 15 000 candidats vont prendre d’assaut les 217 sièges de l’Assemblée, dans un scrutin à plus forts restes avec un quotient électoral de 28 000 voix pour un siège.

Les duels se précisent, surtout dans les grandes zones urbaines. Dans la circonscription de Tunis 1, Rached Ghannouchi, président d’Ennahdha, sera confronté à Basma Khalfaoui, veuve du leader de gauche Chokri Belaïd assassiné en 2013. Un bras de fer qui risque de faire des étincelles, tant les profils des deux candidats sont opposés – à leurs côtés concourra également Mustapha Ben Ahmed, tête de liste de Tahya Tounes, parti de Youssef Chahed.

À Tunis 2, les duels sont moins contrastés, avec l’entrée remarquée de Faouzi Charfi pour la coalition de gauche de l’Union démocratique et sociale. À L’Ariana, l’avocat défenseur des droits de l’homme Ghazi Mrabet, qui se présente sous l’étiquette du mouvement 3ich tounsi, devra convaincre face à Sahbi Atig, leader d’Ennahdha. À Kairouan, Ons Hattab de Nidaa Tounes a toutes les chances de remporter un siège, comme Saïd Ferjani d’Ennahdha.

Le parti à référentiel islamique, le plus représenté aujourd’hui au Parlement, a joué la sécurité en plaçant la plupart de ses leaders en tête de liste comme Ali Laarayedh à Médenine, Fathi Ayadi à Sfax, Zied Ladhari à Sousse et Samir Dilou à Sfax. Une manière de tenter de récupérer des suffrages, alors que la formation à la colombe est en perte de vitesse et affiche ses dissensions internes.

La bataille s’annonce sans merci après le décès du président en exercice, Béji Caïd Essebsi, qui contraint à la tenue d’une élection présidentielle anticipée. Prévue initialement le 17 novembre, le premier tour se tiendra le 15 septembre, conformément à la Constitution qui prévoit une élection dans les 45 à 90 jours après la prestation de serment du président par intérim Mohamed Ennaceur – même si des doutes planent sur le respect de ces délais en cas de recours et d’appel avant le second tour.

Cette nouvelle donne a pris de court les postulants à l’hémicycle, qui doivent composer avec le possible effet d’entraînement des résultats du premier tour de la présidentielle, et s’engager sur deux fronts électoraux en parallèle dans des délais très serrés. Les partis comme Ennahdha, qui entendaient peser sur la présidentielle en raison de leur poids au Parlement, sont donc contraints de revoir leur stratégie.

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