Procès de l’assassinat de Rafic Hariri: un jugement qui déçoit au Liban

Le Tribunal spécial pour le Liban a établi, mardi 18 août, la culpabilité de Salim Ayyash, un membre du Hezbollah, dans l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, le 14 février 2005. Trois de ses complices présumés ont été acquittés. Le tribunal a affirmé qu’il n’y avait pas de « preuves » de la responsabilité directe des dirigeants de la Syrie et du Hezbollah.
Publicité

Saad Hariri, qui a assisté à l’audience à La Haye aux Pays-Bas ce mardi 18 août, a accepté le verdict du Tribunal et demandé que justice soit faite, rapporte notre correspondant à Beyrouth, Paul Khalifeh. L’ancien Premier ministre libanais, qui a hérité de son père le leadership de la communauté sunnite, a souligné que les membres de la cellule qui a exécuté l’attentat sont issus des rangs du Hezbollah.

Selon lui, le temps des assassinats politiques commis en toute impunité au Liban est révolu. « Le tribunal a statué, et au nom de la famille de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, et au nom des familles des martyrs et victimes, nous acceptons la décision du tribunal », a déclaré Saad Hariri à des journalistes à l’issue du prononcé du jugement.

Des zones d’ombres persistent sur cet attentat : qui est le kamikaze ? Combien de personnes ont participé au complot terroriste ? Qui a chargé la camionnette avec 2 000 tonnes d’explosifs ? Qui a commandité le crime ? L’affaire Hariri reste un immense puzzle, auquel le Tribunal spécial pour le Liban n’aura ajouté que quelques pièces, note notre correspondante à La Haye, Stéphanie Maupas. Une part de « vérité judiciaire » a néanmoins été écrite, estimait l’une des avocates des 70 victimes à l’issue du verdict.

Deux des responsables ont bien été identifiés : Salim Ayash et Moustafa Baddredine. Ce dernier est mort au combat en Syrie quatre ans avant ce verdict. Mais tous deux étaient membres du Hezbollah. Même si aucune preuve ne pointe vers la direction du parti, ont assuré les juges. Il n’y a pas de preuves directes contre la Syrie. Mais un contexte, des indices permettant de lire le mobile des auteurs de l’attaque.

Rafic Hariri réclamait trop précisément le départ des troupes syriennes du Liban. Au niveau national comme international. Il sera allé trop loin, ont en substance estimé les juges. La sentence du seul coupable, qui risque la perpétuité, sera prononcée dans les prochaines semaines.

Newsletter
Recevez toute l’actualité internationale directement dans votre boite mail
Je m’abonne

Un jugement « modeste », voire « ridicule » pour le Hezbollah

Au Liban, le verdict a été accueilli avec déception, parfois stupéfaction, par les partisans de Rafic Hariri. L’ancien député Moustapha Allouche s’est dit déçu que l’accusation soit dirigée contre des individus et non pas contre le Hezbollah lui-même. Des partisans de Rafic Hariri s’étaient rassemblés devant sa tombe dans le centre-ville de Beyrouth, en prévision de l’annonce du verdict. Au fur et à mesure que le jugement était lu par le président du Tribunal, les mines se renfrognaient.

Les partisans et les amis du Hezbollah, eux, ont envahi les réseaux sociaux pour tourner en dérision le Tribunal international, qui a coûté un milliard de dollars, pour un résultat qu’ils ont jugé « modeste », voire « ridicule ». Vendredi 14 août, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait dit qu’il ne se sentirait pas concerné par le verdict du Tribunal et a appelé ses partisans à ne pas y réagir.

Sur le terrain, aucun incident n’a été signalé entre les partisans des deux camps. L’armée libanaise s’était massivement déployée devant la tombe de Rafic Hariri et dans les quartiers de Beyrouth pour empêcher des affrontements entre sunnites et chiites.

Partagez

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *